Témoignage d’un spectateur

 

Des ombres de corps à la lenteur retenue ou à la rapidité saccadée et parfois automatique.

Des corps d’hommes dont la guerre a fait  des ombres qui se transforment en informes ou qui se cassent doucement.

Une chorégraphie des corps des « Poilus » qui hasardent leurs têtes sous la mitraille et qui avancent leurs mains pour une protection dérisoire.

 Des flashs de blocs de couleurs qui font comme des impressions rétiniennes restant imprimées pour toujours.

Un graphisme épuré de « machines à tuer » qui prennent les hommes dans leur étau.

 Une bande-son entre musique inventive, archives sonores et bruits de trains, de guerre…un bain sonore qui vous prend.

La « Chanson de Craonne », mélopée revisitée accompagnant une femme suspendue, devenue inaccessible au combattant et se transformant en lambeau. Cette chanson des « damnés » qui revient en leitmotiv dans la seconde partie du spectacle.

 Parfois, une voix qui raconte au bord du gouffre de l’expiration.

 La fin : des fleurs encore fragiles et frémissantes. Et puis, un disque qui tourne sans fin. Vous savez ?…quand on a oublié de relever le bras de lecture.

 Autant d’éléments (et bien d’autres encore que je n’ai pas perçus) qui font des « Onze tableaux de l’escouade » un spectacle rare et précieux dans l’abondance d’œuvres inspirées par la guerre de 14-18 qui vont du pire larmoyant appuyé aux ambiances parfois plus réussies.

 Un spectacle d’évocations épurées qui entraînent l’émotion authentique et ouvre à l’imaginaire en évitant le démonstratif.

Comme des traces visuelles et auditives qui font la mémoire.

 Savoir…certes, mais se souvenir par les images aussi…et surtout…

(Jean-François DEFIVES qui se souvient d’une magnifique représentation donnée un certain 11 novembre 2008)

MIЯAGES ! (création 2012 de la Cie) présenté par France 3 Picardie :
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